Commentaires de textes

Dès 1886 Freud pose comme point de départ de l'étiologie de l'hystérie le traumatisme psychique, lié à la sexualité infantile. La névrose hystérique constitue un mode de défense ayant valeur d'après-coup. Un premier événement anodin, sans conséquence, se révélera traumatique par la rencontre avec un second lié au premier par un lien langagier. Freud abandonnera l'idée d'une séduction réelle au profit d'un fantasme. Lacan lui-même reprend cette structure de l'après-coup à propos du cas de l'Homme aux loups.

Il y a deux types de traumatisme. Le premier est celui dont les effets mobilisent le fantasme et les identifications. Le cas de l'homme aux rats en est un exemple où les effets produits peuvent se traduire en signifiants.

Mais dans le Séminaire XI, Lacan aborde le traumatisme différemment de Freud. Un second type de traumatisme révèle un réel que les mots ne peuvent traduire : c'est la tuché. Un noyau inéliminable, un réel impossible à résorber par le sens gît au coeur de la rencontre. Cet impossible à résorber par les signifiants qui ratent toujours la chose est ce qui constitue le moteur de la répétition, l'automaton. Ce trou dans le signifiant concerne la rencontre avec le réel du sexuel impossible à symboliser. C'est le lieu d'une jouissance non négativable qui met la dimension du corps au premier plan.

La trace de cette « une seule fois », de cet « Un tout seul », n'est ni intégrée à une histoire, ni verbalisée. Elle surgit dans les failles du discours, mais ce dernier ne l'atteint pas. Ce non-sens incarné est du registre de l'écriture, de la lettre, plus que du message à déchiffrer. Le trauma ne s'efface pas. La question pour le sujet est de savoir comment il va pouvoir inscrire cette tuché qui a profondément marquée sa vie.

Cela pose une question essentielle à la psychanalyse : comment prendre en compte ce qui échappe radicalement au sens ? Toute la fin de l'enseignement de Lacan va tenter de répondre à cette question. Cela le conduira à orienter sa recherche autour de la jouissance et du réel et non plus du sens, allant jusqu'à nouer sens et jouissance. Il fera valoir l'incidence traumatique de la langue elle-même, qu'il écrit alors « lalangue ». C'est ce que Joyce met en évidence : « C'est pour avoir élaboré le trauma de son rapport à la langue que Joyce a réussi à traumatiser l'université.» Il ne s'agit plus de la recherche de la vérité du sujet de l'inconscient, du côté des effets de sens, mais de repérer l'impact de lalangue et ses effets de jouissance.

J.-A. Miller dira même que la psychanalyse « peut être considérée comme traumatique au sens où elle prend à rebours le phénomène du  recouvrement de l'Un par le sens. Là où le fantasme s'évertue à le faire oublier, le trajet analytique le met à nu pour déboucher sur le trou qu'il recouvre, un moment laissé vacant. »

La percussion de la langue sur le corps laisse une trace que nulle interprétation ne peut toucher. A défaut de lui donner sens, il reste à inventer avec cette marque mise à nue par l'analyse un certain savoir-y-faire propre à chacun, ce que Lacan a pu appeler le style.

Voir Bibliographie de l'année ou de l'exposé du jour.

Cartel d'enseignement : Gérard Dudognon, Marie-Paule Le Du, Laurence Metz, Jacques Michel, Françoise Pérès, Daniel Voirin.