Cours: le transfert

Freud rencontre d’abord l’amour de transfert comme surprise, événement inattendu et indésirable[1]. Ce n’est que par la suite qu’il en fait un élément central, pivot de la cure analytique. S’agit-il d’une répétition ? D’une actualisation d’émois irrémédiablement oubliés et d’amours d’enfance ? Ou d’un amour véritable, actuel ? Il le considère à la fois comme « le ressort le plus solide du travail analytique » et « l’arme la plus puissante de la résistance au traitement » – résistance que Lacan situera du côté de l’analyste. L’analyste s’appuie donc sur l’amour pour contrer la jouissance accrochée au refoulement qui est à la base du symptôme.

Lacan place le psychanalyste au cœur du transfert : il est cause, non effet du transfert. Il est structuré par le « sujet supposé savoir » : l’analysant suppose à l’analyste un savoir sur son objet. Jacques Alain Miller parlera de « sujet supposé désir » : La relation analytique n’est pas une relation duelle, symétrique, dans laquelle le contre-transfert répondrait au transfert ; l’analyste est dans la position du désiré. Il devient le lieu où vient se loger l’objet cause du désir du sujet, et il répond par le « désir de l’analyste »[2].

Plus tard, Lacan orientera le désir de l’analyste de façon qu’il « se démontre comment, dans le fantasme, joue, à la place du rapport qu’il n’y a pas, la solution originale construite par chacun. »[3]

Le transfert, concept central, concerne l’ensemble de la théorie, de la pratique et de la clinique : la clinique psychanalytique est une clinique sous transfert. C’est pourquoi il nous a semblé un point de vue privilégié pour introduire à la psychanalyse.

 

 

 


[1] S. Freud, Etudes sur l’hystérie, 1895, in Œuvres complètes, tome II, 2009

[2] J. Lacan, Séminaire VIII, Le Transfert, Seuil, 2001.

[3] E. Laurent, « Le Transfert », cours 1991-92, ronéoté.