Cours théorique

Masculin, Féminin, Singuliers

Avec le déclin de la fonction symbolique du père et la montée au zénith de l’objet(a) avec comme conséquence la pluralisation des modes de jouissance, le monde contemporain fait une grande place au discours sur le genre.

Quel enseignement l’expérience psychanalytique peut-elle nous apporter sur la question du masculin et du féminin aujourd’hui ? Qu’a-t-elle à nous dire sur l’apparition des nouveaux genres ?

Être un homme, être une femme n’est pas une question d’anatomie. Parce qu’il est affecté par le langage, l’être parlant doit tout inventer. « Les parle-êtres sexués le sont à partir, non de leur organisme, mais du discours qui les a constitués comme sujets de l’inconscient. »1

Freud abordait la question du côté de l’identification œdipienne. La résolution du complexe d’Œdipe, c’est la mise en place de l’interdit de l’inceste et l’identification au parent du même sexe. Mais la sortie de l’Œdipe comporte un point de butée indépassable, l’angoisse de castration, qui s’exprime du côté masculin par la protestation virile et du côté féminin par l’envie du pénis. Pour Freud ce roc de la castration est la conséquence psychique de la différence anatomique. Freud pose le phallus dans l’ordre de l’imaginaire. Chaque sexe se détermine par rapport au phallus imaginaire.

Lacan n’a jamais cessé de traiter l’impasse freudienne pour faire avancer la théorie et la clinique psychanalytique. Il fait du phallus le signifiant du manque et donc du désir pour les deux sexes. Le phallus symbolique permet de significantiser la jouissance et inscrit la sexualité humaine dans le registre de la transmission (la fonction symbolique du père). Ce qui différencie les sujets masculins des sujets féminins c’est leur rapport au phallus symbolique. La femme est le phallus pour un homme en tant qu’elle cause son désir, l’homme a le phallus qui cause le désir de la femme. La question de l’identité sexuée reste phallocentrée.

Lacan va parcourir un long chemin avant de formuler une autre logique de la sexuation. Que l’on soit homme ou que l’on soit femme, on doit en passer par la fonction phallique, mais « La femme n’est pas-toute » dira Lacan, pas toute phallique. Il y a pour elle une jouissance supplémentaire. Le Séminaire XX ouvre de nouvelles perspectives quant à la féminité, avec notamment la formulation « La Femme n’existe pas ». Il n’y a pas un universel féminin, mais des femmes singulières.

Avec l’approche borroméenne (Sem. XXIII), il n’y a plus de prévalence du symbolique. Les registres Réel, Symbolique, Imaginaire s’équivalent et se nouent par ce que Lacan nomme Le sinthome. Ce qui est mis en relief, c’est la solution singulière que chaque parlêtre trouve pour faire tenir le nœud. La clinique borroméenne est une voie d’accès à la compréhension des modes de jouissance et des fluctuations de genre du sujet contemporain, pour qui la jouissance n’appelle plus comme avant une légitimité donnée par la loi du père. »2

1 Marie Hélène Brousse, dans une interview faite par Myriam Chérel

2 Jacques Alain Miller, dans « L’Être et l’Un »

 

Cartel d’enseignement : Gérard Dudognon, Pierrick Forlodou Laurence Metz, Jacques Michel, Françoise Pérès, Daniel Voirin.