Cours théorique

"Tou le monde est fou, c'est à dire délirant". Solutions singulières

L’intitulé de notre travail de cette année 2019, est extrait d’un texte de Lacan de 1978 écrit à la demande de J. A. Miller pour défendre l’université de Vincennes et le Département de psychanalyse au sein de celle-ci. Ce contexte pousse Jacques Lacan à poser une question : comment enseigner la psychanalyse ? Comment enseigner ce qui n’est pas enseignable ?

Dans la première partie de l’enseignement de Lacan les grandes entités de la clinique psychanalytique : psychose, névrose, perversion sont construites à partir du modèle structuraliste qui met la structure signifiante en position de cause du symptôme. La distinction entre névrose et psychose se fait à partir de la métaphore paternelle : la forclusion du signifiant du Nom-du-Père signe la psychose.

Par la suite, Lacan détrône le symbolique de sa prépondérance et va jusqu’à rendre équivalentes les catégories de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel. La perspective devient celle d’une pragmatique dont rend compte la proposition : « se passer du Nom-du-Père à condition de s’en servir ». La vérité du symptôme fait place à sa « varité ».

Dans son dernier enseignement, l’orientation prise par Lacan est celle du passage du Symbolique au Réel. Il prend son départ du dérangement qu’introduit la jouissance dans la relation de l’être parlant à son corps. Les principaux concepts freudiens et lacaniens quittent leur place d’universaux : l’Œdipe est réexaminé à l’aune de la sexualité féminine, le savoir indexé par S2 peut être considéré comme délire nécessaire à donner sens à ce qui surgit, le « pour tous » laisse place au singulier de chaque Un.

Dès lors, Lacan met au défi d’enseigner ce qui concerne chaque « Un » à partir du remaniement des concepts fondamentaux de la psychanalyse : le savoir de l’inconscient comme sans loi, le trou dans le savoir, la pulsion comme « la jouissance de l’Un », la répétition comme « itération de cette jouissance », le transfert.

Le titre de cet enseignement reprend ce paradoxe : il y a un universel « tout le monde délire » mais chacun à sa façon.

Nous aurons donc à reprendre cette année tout – ou partie – de ces différents concepts, que le tout dernier enseignement de Lacan et les commentaires de J.A.Miller, ont profondément remaniés.

Cartel d’enseignement : Gérard Dudognon, Marie-Paule Le Du, Laurence Metz, Jacques Michel, Françoise Pérès, Daniel Voirin.