Brest : le plancher de jeannot

"Le plancher de Jeannot"   par Gérard Dudognon

 

Le 26 novembre dernier un concert de musique contemporaine se tenait au Quartz à Brest : « Le plancher de Jeannot ». Cette musique du jeune compositeur Sébastian Rivas lui fut inspirée par la vision d'un texte gravé par un malade mental sur le plancher de sa chambre avant qu'il ne se laisse mourir de faim. On peut voir ce plancher aux abords de l'hôpital Ste Anne à Paris, rue Cabanis.

Le concert contenait deux parties : une composition de Leroux et le plancher de Jeannot proprement dit.

Celui-ci a été conçu comme un spectacle total : il faisait appel à la voix de la soprano Donatienne Michel Dansac, au photos de Jean Luc Daumar, à la vidéo de Ryan Cotenceau, à l'orchestre Sillage sous la baguette de Renaud Desjardin, la direction artistique étant assurée par Philippe Arri-Blachette.  Il faut noter que la scénographie avait été « allégée » faute de moyens.

Sébastian Rivas a extrait du texte ce qu'il appelle sa « structure » composée de 13 tableaux qui s’enchaînent : nous tous sommes innocents, famille-matériel-bien, vue-image-oeil-rétine, le crime, le procès, machine à commander le cerveau des hommes, la religion-l'église, Jean Paule, Cerveau, le plancher, le cri-la Mort, invention, la preuve.

Il lui paraissait évident de faire appel à d'autres techniques artistiques que la seule musique pourtant très belle et percutante, pour se saisir de ce texte d'une telle force.

Il avait par ailleurs composé un opéra radiophonique « la nuit hallucinée », puis « Aliados » où il mettait en scène Thatcher et Pinochet qui lui avait valu un grand succès.

Actuellement sur sa table de travail, un opéra tiré d'un roman italien dans lequel trois enfants réinventent un langage en s'inspirant de la violence des brigades rouges. Comme on le voit les questions politiques, la violence, la folie, la mort circulent entre les lignes de ses partitions. Comme l'écrit Pierre Gervasoni dans le monde du 17.09.2013, Sébastian Rivas est « un guerrier pacifiste ». La fuite de ses parents quittant l'Argentine et l'asile politique trouvé en France, où il est né, nourrit l'inspiration du compositeur.

Ayant appris la prochaine représentation de ce concert et la présence du compositeur – en résidence à la Villa Médicis à Rome – j'avais pris contact avec le directeur artistique. Pour moi et quelques autres de l'ACF, nous étions très curieux de voir comment un artiste pouvait se saisir d'un tel sujet et permettre à un auditoire l'écoute sublimée d'un tel réel.

Avec l'accord du Quartz et du compositeur, nous avons pu organiser un court débat avec la salle à l'issue du concert. Le temps qui nous était imparti (il y avait un autre spectacle dans une autre salle) nous a surtout permis d'entendre Sébastian Rivas parler de sa musique et la chanteuse Donatienne Michel-Dansac de son interprétation. La façon dont elle a su rendre perceptible, grâce à sa voix et son souffle _de façon paradoxale - le silence mortel dans lequel Jeannot s'était enfermé, était remarquable

Ce fut je crois un superbe concert qui méritait que l'ACF s'y penche, prête son oreille au travail de Sébastian qui nous démontre de façon magistrale, que par sa sensibilité, « l'artiste a toujours un pas d'avance sur le psychanalyste ». Cela nous pousse à sortir de nos cabinets et à s'ouvrir à des expériences passionnantes. Cette rencontre relance le désir, y compris vers la psychanalyse, et ce n'est pas un des moindres de ses intérêts.