Cours de Marie-Hélène Blancard

DU TRAUMA AU TROUMATISME

Cours de Marie-Hélène Blancard

Pour Freud, le trauma est cause de la névrose. Il existe un noyau originel du trauma qui s’articule étroitement au refoulement. Le sexuel est traumatique, dans la mesure où l’être parlant est démuni pour pouvoir l’intégrer à son existence de vivant. Pour l’hystérique, c’est la scène de séduction qui est traumatique et qui va marquer le sujet d’une trace indélébile. La scène primitive, pour l’Homme aux Loups, produit une effraction imaginaire qui fait trauma dans la mesure où le sujet ne dispose pas des mots pour le dire ou le recouvrir. Le symbolique est toujours en défaut face au réel traumatique. C’est l’imaginaire du fantasme qui est alors sollicité, et le sujet en détresse y aura recours dès qu’il se trouvera confronté à un événement imprévu qui s’avèrera inassimilable au signifiant.

Après la première guerre mondiale, Freud se penche sur le traumatisme de guerre. Il constate que le sujet traumatisé fait des cauchemars dans lesquels il se remémore compulsivement des scènes d’horreur, éprouvant dans la répétition même une jouissance énigmatique.
Il découvre ainsi, aux confins de la pulsion de mort, l’au-delà du principe de plaisir, d’où Lacan a tiré son concept de jouissance. La jouissance de la pulsion est cette part de vivant qui échappe au langage et qui est le reste de l’opération signifiante.

De nos jours, le terme de trauma connaît une extension grandissante et une banalisation particulière. Les accidents, les catastrophes naturelles, les conflits armés, les attaques terroristes, laissent des traumatismes que la société tente de traiter ou de soulager par la parole, dans des dispositifs d’urgence du type « cellules de crise » qui butent nécessairement sur l’impossible résorption du réel dans le symbolique, et qui viennent parfois renforcer le déni du réel comme « impossible à supporter ».

Contrairement au trauma freudien, le trauma lacanien ne se rapporte pas directement à un quelconque événement mais bien au traumatisme du langage, dont Lacan a fait un troumatisme. Le langage est un mur auquel se cogne le sujet. Il manque toujours un signifiant pour dire la jouissance, et ce trou confronte le sujet parlant à son impuissance, à sa propre castration comme à celle de l’Autre du signifiant, et aux restes de jouissance qui en résultent. Cet excès de jouissance qui le fait souffrir est aussi sa part de vivant la plus intime et la plus singulière. Le réel se présente sous la forme du trauma car il met à jour la faille structurale qui est celle de l’être parlant, ce parlêtre du dernier Lacan qui se complète de sa jouissance en-corps.

Nous verrons, dans la clinique toujours singulière du cas, comment chacun peut répondre au trauma avec les moyens du bord, en fonction de sa structure, de son histoire, et de l’appareillage signifiant dont il dispose : par le symptôme et le fantasme, par l’acting-out ou le passage à l’acte, mais aussi par le phénomène psychosomatique ou le délire.


Marie-Hélène Blancard

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"De l'orientation du cours de Marie-Hélène BLANCARD, enseignante à l'Antenne Clinique Brest-Quimper"

Interview de Marie-Hélène BLANCARD, psychanalyste membre de l'Ecole de la Cause Freudienne, A.E. de 2012 à 2015 et enseignante à l'Antenne Clinique Brest-Quimper.